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Interview réalisé par le site internet "allianceofpro"

Rien ne prédestinait Sébastien à un choix professionnel aussi original. Un heureux hasard et des concours de circonstances l'ont amené, petit à petit, vers l'enseignement de la salsa.

Un homme, une histoire

Jeune homme, Sébastien n'aime pas danser. En soirée avec ses amis, il regarde les couples évoluer sur la piste de danse sans aucune envie d'essayer. Il fait des études en génie mécanique puis entame une carrière dans le dessin industriel. A cette époque, Sébastien ressent un manque de contact social et désire faire de nouvelles rencontres, hors milieu professionnel. Il décide, alors, de s'inscrire à un cours de rock, non pas pour danser mais pour le facteur social. Le cours étant déjà complet, il est orienté vers la salsa.

"Dès ce premier cours, il y a environ 13 ans, j'ai aimé la salsa. Rapidement, j'ai eu envie d'en apprendre plus. La passion, quant à elle, est venue progressivement" raconte Sébastien. Il se perfectionne et apprend la salsa à ses amis dans son salon. L'engouement est tel qu'il est obligé de louer une salle par manque d'espace. Puis, il monte rapidement une association pour que chacun puisse participer aux frais de location. A ce moment là, des désaccords au niveau professionnel le décident à quitter son métier, devenu alimentaire pour se consacrer uniquement à sa passion: la salsa. "Je ne me suis pas posé de question. J’étais trop attiré bien que, financièrement, au départ, mon salaire a été divisé par deux" explique-t-il.

Au départ, la passion pour la salsa de Sébastien n'a pas toujours été bien comprise par son entourage. Il raconte: "lorsque j'ai amené mes amis du foot à la salsa. Les rares courageux qui ont accepté de venir ont du essuyer bon nombre de plaisanteries. Et puis, petit à petit, ceux qui se moquaient se sont rendus compte que la salsa était aussi l'occasion de danser avec des jolies filles. Et certains ont fini par venir aussi aux cours!"

Aujourd'hui, il s'estime chanceux de pouvoir uniquement se consacrer à l'enseignement de la danse. Plus qu'une passion, la salsa remplit toute sa vie. Au point que notre professeur s'est rendu à Cuba, apprend l'espagnol et s'intéresse, de plus en plus, aux origines de cette musique. Intarissable sur l'histoire de la salsa et son environnement culturel, il pourrait évoquer le sujet pendant des heures.

Les coulisses du métier

Sébastien donne des cours collectifs tous les soirs en sessions d'1h30. Il arrive à l'avance pour préparer la salle, à l'origine prévue pour un enseignement classique. Il doit ranger les tables et les chaises et installer sa sono. L'opération dure entre 30 et 40 mn et encore autant à la fin du cours pour remettre la salle en ordre.

Entre 30 et 40 personnes viennent assister à chaque cours dans une ambiance bon enfant. Technique, convivialité et passion sont les trois mots d'ordre de notre professeur de danse.

Le cours débute toujours de la même manière. Les participants sont en ligne et procèdent à quelques minutes d'échauffement. Et puis, rapidement, ils se mettent par deux pour réviser d'anciennes figures et en apprendre des nouvelles. Sébastien aime faire danser les élèves en rueda (ronde) afin d'effectuer de rapides changements de partenaires pour éviter qu'une personne ne se retrouve sans cavalier. D'ailleurs, notre professeur souligne: "contrairement aux idées reçues, nous manquons de plus en plus souvent de partenaires féminines. Les hommes sont très présents dans les cours de salsa. Je suis souvent surpris lorsqu'un couple arrive ensemble, c'est toujours la femme le moteur. Et malheureusement, si le couple se sépare, c'est l'homme qui continue à venir, seul".

Organisé, Sébastien prépare ses cours, à l'avance, avec un planning annuel et des objectifs. Ensuite, en cours d'année, il réajuste le programme en fonction du niveau du groupe, semaine après semaine. Débordant d'énergie, il forme aussi ses meilleurs élèves au métier de professeur de salsa.

La coopérative d'emploi

Au lancement de son activité, Sébastien a du créer une association pour recevoir les adhésions. Mais très vite, le statut s'est avéré insuffisant. Il fait, alors, une rencontre déterminante et découvre le fonctionnement d'une société coopérative et participative. Issues des mouvements associatifs ouvriers, les sociétés coopératives, anciennement coopératives ouvrières de production, existent depuis le XIXème siècle.

Il s'agit d'un regroupement d'entrepreneurs, dans le même domaine d'activités ou non, qui sont salariés-coopérateurs. C'est une entreprise qui appartient à ses membres et dont chaque associé a le même pouvoir de décision, peu importe le chiffre d'affaires effectué.

Sébastien explique: "c'est un statut spécifique. Je suis, à la fois, entrepreneur et salarié. Je reverse à la coopérative un pourcentage de mon chiffre d'affaires pour les divers frais de fonctionnement. Cela représente un coût mais, au moins, j'ai la même protection qu'un salarié. Les coopératives d'emploi ne sont pas bien connues et c'est dommage. A mon avis, c'est un fonctionnement qui représente un très bon compromis entre business, responsabilité et épanouissement personnel ".

Et demain?

Certaines méthodes d'apprentissage de la salsa reposaient surtout sur l'assimilation de chorégraphies. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas car les enseignants se sont aperçus que les apprentis danseurs, une fois sortis du cadre, n'arrivaient pas à se débrouiller avec d'autres danseurs. Aujourd'hui, l'apprentissage s'effectue surtout sur les pas de base, puis des figures qui peuvent s'enchaîner entre elles selon le rythme ou le bon vouloir de chacun. "Le but, c'est que chaque danseur puisse improviser sur une musique, selon l'intuition du moment et le rythme" explique notre professeur, "et puis, parfois, ce n'est pas systématique, la passion naît".

Et, quelquefois, comme c'est le cas pour Sébastien, la passion est tellement forte qu'elle se transforme en métier et en volonté de transmettre son savoir-faire et son enthousiasme. La salsa et son environnement culturel sont tellement riches que l'apprentissage n'est jamais terminé. Un professeur de salsa, outre la passion et la technique de la danse, doit aussi être pédagogue et dynamique. Sébastien reconnait que la profession demande beaucoup d'énergie et d'attention mais aussi une bonne dose de patience.

Avec le recul et ses 10 ans d'expérience, notre professeur de salsa estime que, pour pouvoir vivre de ce métier, il faut tout de même un grand nombre d'élèves, et cela s'acquiert avec le temps.

Pour conclure, Sébastien confie: "je pense que j'étais voué à devenir professeur de salsa. C'est un heureux concours de circonstances qui a tout déclenché. J'étais au bon endroit au bon moment. Aujourd'hui, je m'estime chanceux de pouvoir vivre de ma passion".

Lise Boisselier, article publié le 12/12/2014