Che Guevara


« Soyons réalistes, demandons l'impossible »

LE 9 OCTOBRE 1967, dans une petite école perdue sur les haut plateaux mourait l'un des plus célèbres guérilleros du XX siècle : Ernesto « Che » Guevara. Traqué depuis des mois par des milliers de soldats boliviens – aidés par des conseillers américains de la CIA –, abandonné par Fidel Castro qu'il avait aidé à prendre le pouvoir à Cuba, trahi par ceux là même qu'il était venu arraché à la misère, ces paysans analphabètes de l'altiplano bolivien, pour qui il rêvait d'ouvrir des écoles dans chaque village, le Che était arrêté, puis exécuté sommairement. Cet asthmatique à la santé fragile, ce médecin argentin au regard de feu que rien ne prédisposait à devenir une figure emblématique de toutes les révoltes contre l'oppression, entrait dans la légende. Il avait trente neuf ans.

Derrière le combattant, l'homme

POUR LES LIVRES D'HISTOIRE, Che Guevara restera un être d'exception, un combattant héroïque et intransigeant, qui aura su aller jusqu'au bout du « sacrifice suprême » en donnant sa vie pour essayer d'améliorer celles des autres. Pourtant, el guerillero heroïco, ce semi dios comme l'appelaient les paysans de la Sierra Maestra, cette figure emblématique de la Révolution cubaine, était avant tout un homme. Avec ses faiblesses, ses interrogations, ses erreurs.

Le Che et les femmes

On a dit parfois que Guevara n'était pas un homme à femmes. Ce qui est partiellement faux. Comme beaucoup d'Argentins, Ernesto aimait les femmes, mais avant tout, il les respectait. Pendant la révolution cubaine, plusieurs femmes se sont jointes aux troupes rebelles. Le Che les a traitées avec la même déférence – et la même rigueur – que les hommes.

C'est d'ailleurs dans les montagnes cubaines qu'il rencontre Aleida March, une jeune institutrice de Santa Clara qui a rejoint la rébellion. Après la victoire, elle deviendra sa seconde femme. Si Ernesto a impressionné toutes les femmes qui l'ont rencontré, sa seule vraie maîtresse fut la révolution. Et il s'est totalement consumé pour elle.

Le Che et la famille

Bien qu'il ait eu un profond attachement à sa mère, le Che n'avait pas vraiment le sens de la famille. Marié deux fois – tout d'abord à la péruvienne Hilda Gadea, qui lui donnera son premier enfant, une fille née en 1953, Hilda Beatriz, puis à Aleida March, la cubaine dont il aura quatre enfants – le moins que l'on puisse dire c'est qu'il ne fut pas un père exemplaire. Si l'éducation du peuple fut toujours l'une de ses priorités, celle de ses enfants ne le préoccupait pas beaucoup.

En octobre 1966, avant de s'envoler pour la Bolivie, il rend une dernière visite à Aleida et aux enfants qu'il n'a pas revus depuis un an et demi. Il est tellement méconnaissable, avec son maquillage destiné à le faire voyager incognito, que l'aînée des enfants ne le reconnaît pas. Il l'embrasse et la prend sur ses genoux, mais part sans lui avoir révélé sa véritable identité.

Le Che et les prisonniers

Guevara a toujours eu un profond respect pour la vie humaine, même quand il s'agit de celle d'un ennemi (ce point de vue était, semble-t-il partagé par Fidel Castro, du moins à l'époque de la révolution) .Et même si le médecin s'effaçait souvent derrière le combattant, le Che refusait que l'on maltraite les prisonniers.

Après une embuscade dans la Sierra Maestra, le Che reproche violemment à un de ses hommes d'avoir achevé un soldat ennemi. Un autre soldat blessé sort des fourrés en disant : « ne me tuez pas ! Le Che dit qu'on ne tue pas les prisonniers. »

Une autre fois, en Bolivie, il laisse passer un camion ennemi dans lequel deux jeunes soldats somnolent. Il n'a pas eu le courage de les tuer par surprise.

Le Che et la passion des livres

C'est sa mère, Célia, qui lui a donné ses premières leçons de lecture, c'est elle aussi qui l'a initié à la langue française. Dès son plus jeune âge, Ernesto est un « fou » de lecture. A cause de son asthme qu le tient souvent alité, il dévore tout ce qui lui tombe sous la main ; Jules Verne, la poésie de Neruda et de Baudelaire, mais aussi « les Trois Mousquetaires » qu'il lit en version française, alors qu'il vient d'avoir dix ans. Quand à Freud, il commence à se plonger dans la prose du bon docteur à ... quatorze ans.

Cette passion des livres ne le lâchera jamais. Pendant ses années combattantes, il aura toujours un livre dans son sac. Et quand on amène au camp de ravitaillement (armes, nourriture, médicaments) ; il y a aussi quelques ouvrages pour el Che. Cruelle ironie du sort. Lui qui a si souvent troqué le fusil contre le tableau noir, finira sa vie dans une salle de classe, criblé de balles.

Le Che et l'humour

Si Che Guevara était un homme rigoureux et intransigeant, il n'était pas ce personnage austère qu'on a dépeint parfois. Au contraire, tous ceux qui l'ont approché rapportent son grand sens de l'humour. Mais un humour pince-sans-rire, teinté souvent d'autodérision.

Après la prise de pouvoir à Cuba, sa santé s'étant beaucoup détériorée, un médecin lui demande de restreindre sa consommation de cigares - qu'il a pris l'habitude de fumer régulièrement pendant ses deux années passées en compagnie des autres barbudos. Le Che s'engage à ne fumer qu'un seul cigare par jour. Le lendemain, il arrive à son bureau avec un cigare d'un mètre de long.

CHE... trois lettres pour un symbole

CHE (prononcer tché) est une interjection qu'on utilise dans certaines régions d'Argentine pour interpeller ses amis. Un peu comme Ho ! ou Hep ! C'est aussi une marque de tutoiement, de complicité.

Ce sont les cubains qu'il a rencontrés à Mexico qui ont donné à Ernesto Guevara ce sobriquet qui deviendra un véritable symbole pour des générations de jeunes épris de liberté.

En janvier 1959, Ernesto est interviewé par un journaliste qui commence ainsi : « Eh bien, Che… » « Pour vous, je suis le commandant Guevara, interrompt l'intéressé. Che, je le réserve à mes compagnons et mes amis. »

L'école de la révolution

LE 14 JUIN 1928, sur une route proche de Buenos Aire, la capitale de l'Argentine, vient au monde Ernesto Guevara de la Serna, qui sera connu plus tard sous le nom de « Che » Guevara. Comme le veut la tradition, il hérite du prénom de son père, mais pour éviter la confusion, on l'appellera Ernestito.

De sa mère, Celia de la Serna de la Llosa – benjamine d'une riche famille de Buenos Aires – il gardera le goût pour la lecture et la langue française. De son père, Ernesto Guevara Lynch, beau jeune homme de vingt sept ans, la prestance et un certain côté bohème.

San Isidro (Argentine), 2 mai 1930

Alors qu'il est sur la plage, attendant patiemment sa mère qui est partie nager, le petit Ernesto prend froid. Dans la nuit, il est victime de sa première crise d'asthme. Jamais cette maladie ne lui laissera de repos. Elle aurait pu lui tracer un destin fait de prudence et de renoncements. Elle va, au contraire, lui donner une rage de vivre et de se surpasser.

Alta Gracia, 1934

La crise économique oblige les Guevara à changer de domicile. La famille s'installe dans un quartier populaire et leur nouvelle demeure (et celles qui suivront) deviendra un lieu d'accueil pour tout ce que la terre comporte de déshérités, une « casa del pueblo».

Alta Gracia, 1935

L'année de ses sept ans, l'administration s'étonne que le jeune Guevara ne soit pas inscrit à l'école. Il y a pourtant plus d'un an que le garçon a appris à lire et à écrire, sous la direction de sa mère. Pourvu d'un inhalateur pour lutter contre les crises d'asthme, Ernesto va donc prendre le chemin de l'école communale.

Alta Gracia, 1937

Quand il ne se bat pas contre les fils de riches ou ne traîne pas avec les « miséreux » de son quartier, Ernesto joue, comme tous les enfants de son âge, à la guerre. Mais la sienne a pour référence celle qui vient de se déclencher en Espagne.

Le jour il dirige des armées républicaines et se bat contre les franquistes. La nuit, il écoute le récit de quelques exilés que sa famille fréquente.

Córdoba, 1946

Impossible pour un asthmatique de courir 80 minutes après un ballon de rugby ? Pour être accepté dans l'équipe locale de rugby, Ernesto doit accomplir un saut, tête la première par-dessus un manche à balais posé sur deux chaises et de se recevoir en roulé-boulé sur une surface en ciment. Ce n'est pas une seule fois qu'il effectuera le saut, mais ... quatorze.

Córdoba, 1947

Après le bac (passé sans grand enthousiasme en 1945), Ernesto cherche sa voix. Il voudrait bien devenir ingénieur, comme son père, mais finalement, la mort de sa grand-mère paternelle – vieille dame aux idées progressistes qu'il veilla pendant 17 jours – le convertit à la médecine.

Argentine, 1950

Le 1er janvier, avec une bicyclette qu'il a trafiquée en lui rajoutant un petit moteur, il part pour son premier grand voyage à travers l'Argentine, à la rencontre du petit peuple. Il visite notamment une léproserie. Ce périple de 4 500 km aiguise sa conscience politique.

Amérique du Sud, 1952

Il n'a pas encore son diplôme de médecin en poche et pourtant, le 2 janvier 1952, Ernesto va entreprendre avec son ami Alberto Granado, de six ans son aîné, un voyage de huit mois à travers le continent sud-américain, visitant successivement le Chili, le Pérou, le Brésil, la Colombie et le Venezuela.

Amérique du Sud, 1953

A peine son diplôme de medico en poche, il repart. Cette fois-ci en train. Bolivie, Pérou, Equateur, puis Panama, Costa Rica, Honduras, Guatemala. C'est dans ce dernier pays – où il séjourne quelques temps – qu'il rencontre Hilda Gadea, une jeune péruvienne de 28 ans qui deviendra sa femme deux ans plus tard et qui lui donnera son premier enfant, Hilda Beatriz.

Guatemala, 1954

Après le coup d'Etat de juin 1954 qui renverse le président du Guatemala, Jacobo Arbenz, et la terrible répression qui s'ensuit – 9000 tués ou emprisonnés – Ernesto doit fuir au Mexique.

Mexico, 1955

C'est dans la matinée du 10 juillet que va avoir lieu la première rencontre avec Fidel Castro, jeune et brillant avocat de 29 ans, qui a fui Cuba après l'assaut manqué de la caserne Moncada, à Santiago de Cuba le 26 juillet 1953. Entre les deux hommes, le courant passe. Ils ont en commun un idéal de justice et une haine rageuse contre l'impérialisme qui oppresse les peuples défavorisés. Ernesto va suivre son aîné dans sa guerre de libération.

Après sa rencontre avec Castro, le Che se met au service de la révolution cubaine.

La libération de Cuba

APRES PLUS D'UNE ANNEE passée en préparatifs militaires, récolte de fonds auprès d'exilés cubains à Miami, et accessoirement un petit passage dans les geôles mexicaines, Fidel et ses troupes sont prêts à se lancer à l'assaut de Cuba, tenu par le dictateur Fulgencio Batista. Celui que désormais les cubains appellent « el Che » est à leur coté, pas seulement comme médecin, mais bien comme combattant à part entière.

Tuxpán, (Mexique), 1956

Le 25 novembre, ils sont 82 « rebelles » à embarquer à bord du Granma, un yacht de 19 mètres qui n'a pas navigué depuis plusieurs années. Fidel a prévu de rejoindre Cuba en trois jours. Malades, épuisés, affamés, il faudra sept jours aux liberatores pour rallier la côte est de l'île.

Los Cayuelos (Cuba), 2 décembre 1956

Le Granma accoste, ou plus exactement s'échoue dans les marais de Los Cayuelos, dans la province d'Oriente. Impossible de gagner la terre ferme avec le matériel lourd. Celui-ci est laissé sur place.

Un caboteur aperçoit le groupe et donne l'alerte. Le lendemain, Castro et ses hommes se font surprendre à Alegria (Allégresse) de Pio. C'est la débandade chez les rebelles dont une grande partie est capturée ou exécutée sur place.

Fin décembre 1956, le Che a rejoint Fidel dont il s'est trouvé séparé dès le début des échauffourées. Le bilan est lourd. Des 82 guérilleros déterminés qui ont pris pied sur le Granma, il ne reste qu'une bande de 19 « rebelles », plus va-nu-pieds que liberatores.

En face, Batista dispose d'une armée de 47 000 hommes bien entraînés, disposant de matériel lourd, d'une aviation moderne et d'une infrastructure logistique importante. C'est David contre Goliath. Pourtant, dans deux ans, Goliath sera terrassé.

Sierra Maestra (Cuba), fin 1956

Au sud-Est de l'île dans la province d'Oriente, il existe une petite chaîne montagneuse, dont les sommets n'excèdent pas 2 000 m : la Sierra Maestra. Elle va devenir le repaire des troupes castristes qui organiseront la résistance, préparant les coups de force contre les casernes et les détachements de l'armée batistaine.

Río de la Plata (Cuba), 17 janvier 1957

Très rapidement, en ce début d'année 1957, l'armée rebelle lance sa première offensive contre une garnison en bord de mer. Pour l'Argentin asthmatique, c'est le baptême du feu. Les gardes se rendent, mais chose inhabituelle dans ce genre d'aventure, les prisonniers ne sont pas exécutés. Cette première victoire redonne le moral aux troupes.

Sierra Maestra (Cuba), 1957

Ernesto se montre un organisateur remarquable. Il dirige, du haut de la Sierra Maestra, une école, un magasin de chaussures, une armurerie et même une imprimerie et une radio.

Quand il troque le stylo ou le micro pour le pistolet automatique, il devient alors un combattant redoutable, un chevalier « sans peur et sans reproches ».

A tel point qu'en quelques mois, le bruit court à travers toute l'île qu'il existe parmi les rebelles un médecin argentin qui se bat comme un forcené, soigne les pauvres et refuse qu'on achève les ennemis blessés. La légende du guérillero heroïco est en train de naître.

Sierra Maestra (Cuba), juillet 1957

Le 21 juillet, le Che est nommé Comandante, la plus haute distinction de l'armée rebelle. Il devient ainsi l'équivalent de Castro. On lui remet la petite étoile dorée qu'il arborera désormais sur son célèbre béret.

La Havane (Cuba), avril 1958

Batista est bien décidé à en finir. Il mobilise dix mille hommes, soit 14 bataillons avec chars, camions et le soutien de l'aviation, pour une opération appelée « Fin de Fidel ».

Mais Fidel est passé à l'offensive. Il faut dire que son armée s'est un peu étoffée. Il compte désormais plus de 300 barbudos (barbus car presque tous ne se rasent plus) prêts à tout. De plus, il sait qu'il peut compter sur le soutien de la population.

Sierra Maestra (Cuba), été 1958

Le Che reçoit le commandement de la Ocho (colonne n° 8) et s'apprête à marcher vers l'ouest. Quelques semaines plus tard, la Ocho aura libéré un territoire de plus de huit mille kilomètres carrés. Les armées rebelles ouvrent des fronts tous azimuts.

La Havane (Cuba), janvier 1959

Devant l'échec de sa contre-offensive, le dictateur Batista est contraint à l'exil. Le 1er janvier, il s'envole pour Saint Domingue. Une semaine plus tard, le Che est aux portes de la Havane. C'est Camilio Cienfuegos, son meilleur ami depuis l'aventure cubaine, qui est chargé d'obtenir la reddition de la capitale.

Ministre, ambassadeur... et guérillero

En ce début d'année 1959, Ernesto Guevara est un homme nouveau. D'abord parce que deux années passées sous le drapeau de la « lutte des peuples opprimés » en ont fait un combattant exemplaire et déjà un mythe vivant. Mais aussi parce qu'il va épouser Aleida March, une jeune institutrice reconvertie dans la guérilla qui lui donnera quatre enfants.

La Havane (Cuba), février 1959

Le 10 février, honneur suprême pour le combattant héroïque de la Sierra Maestra, l'étranger au drôle d'accent reçoit la nationalité cubaine.

La Havane (Cuba), juin 1959

Au cours des mois qui suivent la chute du régime corrompu de Batista, le Che ne chôme pas. En juin, Fidel Castro le nomme ambassadeur plénipotentiaire de Cuba. Quelques jours plus tard, il s'envole pour le premier de ses voyages diplomatiques qui le conduira à travers pas moins de 12 pays du tiers-monde.

Cuba, octobre 1959

Le 26 octobre, Camilio Cienfuegos – l'homme au chapeau de Texan – disparaît. Son avion s'est abîmé en mer. Accident, attentat ? Les rumeurs vont bon train. Même les plus invraisemblables, comme celle qui accuse Fidel d'avoir éliminé un de ses « barons » les plus prestigieux qui risquait de lui faire de l'ombre. La disparition de l'ami, du frère, touche Ernesto au plus profond.

La Havane, novembre 1959

Le 26, Guevara est nommé président de la Banque Centrale, lui qui a un mépris souverain de l'argent. Lors d'une réunion, Fidel a demandé à l'assistance : « Y a-t-il un économiste ici ? ». Le Che a levé la main, il a entendu : « Y a-t-il un communiste ? ».

Playa Girón (Cuba) avril 1961

Mi-avril s'ouvre une crise qui aurait pu être fatale au jeune État. Le 17, 1500 hommes – pour la plupart des Cubains en exil, hostiles à Castro – débarquent dans la Baie des Cochons (Playa Girón) au sud-Est de la Havane. Il faut moins de 72 heures aux milices populaires cubaines pour écraser la tentative d'invasion. 114 mercenaires sont tués, plus de mille sont fait prisonniers. Le Che se blesse accidentellement.

Washington, Moscou, octobre 1962

Le 22 octobre, le monde est au bord de la guerre atomique. Quelques jours plus tôt, un avion américain a photographié sur des sites cubains, des rampes de missiles SAM soviétiques pointées vers les Etats-Unis. Devant la détermination de Kennedy, l'ours soviétique bat en retraite le 29. Le Che ressent comme un coup de couteau dans le dos l'attitude du « grand frère » marxiste qui n'a pas informé les dirigeants cubains de son désengagement.

1963 – 1964

Les deux années suivantes amorcent une crise qui n'ira qu'en s'amplifiant. Le blocus américain – de plus en plus strict – et les erreurs de stratégie économique plongent le pays dans une pénurie sans précédent. De nombreux produits disparaissent du marché, d'autres sont rationnés.

A partir de 1964, le Che reprend ses voyages à travers le monde. Il devient l'ambassadeur itinérant de Cuba et le porte-parole de Castro.

Alger, 24 février 1965

Devant les délégués de 35 pays « amis », dont l'URSS, le Che prononce un discours virulent à l'encontre 3des pays socialistes [qui] sont […] complices de l'exploitation capitaliste ». L'Union soviétique, à qui s'adresse indirectement cette diatribe, reçoit le camouflet sans broncher.

La Havane, 14 mars 1965

C'est la dernière apparition en public d'Ernesto « Che » Guevara. A peine est-il rentré de son voyage que Castro s'enferme avec lui pour une longue et secrète explication. Que se disent les deux barbudos pendant près de 40 heures ? Personne ne le sait. Toujours est-il qu'une semaine plus tard, Ernesto disparaît complètement de la scène politique.

Congo, avril-novembre 1965

Accompagné de 350 à 400 hommes bien entraînés, le Che réapparaît au Congo un mois plus tard. Il veut y ouvrir un nouveau front révolutionnaire. Mais l'aventure congolaise va bientôt tourner court. Privées de ravitaillement, épuisées par les maladies tropicales, soumises aux bombardements de l'armée régulière, les troupes du Che doivent se retirer dans la nuit du 21 novembre 1965. Le combattant héroïque de la Sierra Maestra signe là son premier échec.


La souricière Bolivienne

APRES L'ECHEC CONGOLAIS, Guevara revient à Cuba. Pas pour y reprendre ses fonctions, aux cotés du líder maximo. Car il semble que Castro souhaite tenir éloigné de la vie politique son bouillant compagnon. Et puis, l'appel de la poudre – et de la révolution – est le plus fort. Un nouveau projet a germé dans la tête du Che au cours des premiers mois de l'année 1966. Ce sera la Bolivie. La dernière étape.

La Havane, octobre 1966

Les services secrets cubains ont fait du bon travail. Qui pourrait soupçonner que cet homme chauve, aux grosses lunettes d'écaille, est en fait le guérillero le plus célèbre du monde ? Même ses enfants ne le reconnaissent pas. Le 3 novembre, il prend pied sur le sol bolivien. Il est heureux.

Ñancahuazu (Bolivie), novembre 1966

Dès le début, l'aventure s'engage mal. Le choix du terrain s'avère une erreur qui sera lourde de conséquences. Le Che ne connaît pas la Bolivie. Encore moins la région du Ñancahuazu (la Gorge encaissée). L'endroit est quasi-désert et lancer la guérilla sans appuis dans la population locale est aux antipodes des convictions guevaristes.

Ñancahuazu (Bolivie), février 1967

Le Che compte ses troupes. De Cuba, il a emmené avec lui une quinzaine d'hommes, triés sur le volet. Le reste de ses combattants, il le trouve sur place. Quelques communistes boliviens, des camarades de confiance auxquels se sont ajoutés quelques « aventuriers » tentés par la promesse de belles indemnités financières. Soit, au total environ une quarantaine d'hommes dont certains n'ont jamais connu le baptême du feu.

Ñancahuazu (Bolivie), mars 1967

Mi-mars, plusieurs hommes ont déjà été arrêtés. D'autres ont déjà déserté. Certains parlent. Le 23 mars, alors qu'il n'est pas encore prêt, le Che doit livrer son premier combat en territoire bolivien. Bilan positif qui excite el Comandante, même s'il n'avait prévu de livrer bataille qu'à partir de juillet, voire au-delà. Bientôt 2 000 soldats encerclent le territoire dans lequel les guérilleros ont élu domicile.

Ñancahuazu (Bolivie), avril 1967

La radio n'émet plus, le ravitaillement est aléatoire, les contacts avec ceux de l'extérieur épisodiques. Le piège se referme. Mais il en faut plus pour décourager l'Argentin asthmatique qui déménage souvent, change de cachette, se fond dans un environnement pourtant hostile.

Samaipata (Bolivie), juillet 1967

Le 6 juillet, les rebelles se rendent maîtres de la petite ville de Samaipata. Malheureusement, Guevara signe là son dernier coup d'éclat. Sa santé se détériore de jour en jour. L'odyssée se transforme en calvaire. Privés de nourriture et d'eau, certains guérilleros en sont réduits à boire leur urine.

Ñancahuazu (Bolivie), août 1967

Le 30 août, alors que la guérilla s'est scindée en deux, un groupe tombe dans une embuscade à Vado del Yeso. Trahis par un paysan qui avait accepté de les guider, les dix guérilleros se font surprendre alors qu'ils s'apprêtent à traverser une rivière. Le groupe est entièrement massacré. Ernesto apprend la nouvelle par la radio. C'est le premier succès de l'armée.

Ñancahuazu (Bolivie), septembre 1967

Tout le mois de septembre se passe à essayer de trouver un moyen pour sortir de la souricière. Pour échapper aux soldats qui les encerclent, les hommes marchent la nuit, dorment le jour, cachés au fond de gorges étroites et quasiment inaccessibles.

La Higuera (Bolivie) octobre 1967

Le 08 octobre, les guérilleros sont pris au piège. Plusieurs d'entre eux sont tués au combat. Le Che, blessé au mollet, est capturé puis enfermé dans l'école de La Higuera.

Le 09 octobre, Ernesto Guevara dit le Che, le guérillero le plus recherché de la planète, est exécuté sommairement. On dénombrera neuf impacts de balles sur le corps. Et bien d'autres sur les murs.
Le lendemain, le cadavre du guérillero heroïco est exposé devant les journalistes. Puis on lui tranche les deux mains – pour identification – et son corps est enterré à la sauvette, sans sépulture.
Ce n'est qu'en juillet 1997, qu'une équipe cubano-argentine découvre une fosse commune dans laquelle les restes de Guevara sont identifiés. Ils reposent désormais à Cuba, sa seconde patrie.
Le Che est entré dans la légende du XX siècle, le 09 octobre 1967. Il venait d'avoir 39 ans.

Les survivants du Che

Dans les jours qui suivent la mort du Che, les guérilleros encore dans la nature sont impitoyablement pourchassés et exécutés. Seuls cinq d'entre eux – trois Cubains, deux Boliviens – réussissent à rompre l'encerclement et à échapper aux milliers d'hommes en armes qui quadrillent le secteur. Après plus de quatre mois d'errance, les trois cubains arrivent à passer la frontière avec le Chili. Le 7 mars 1967, ils débarquent à La Havane où Fidel Castro est là pour les accueillir en héros. Quant aux deux boliviens, ils resteront dans leur pays. Dûment inspirés par l'exemple du Che, ils reprendront la lutte armée et tomberont, l'un et l'autre au combat.

Les dernières heures du Che

Le 08 octobre 1967, traqué par des milliers de soldats dans la forêt de Bolivie, le Che et ses hommes vivent leurs dernières heures de liberté. Depuis des semaines, ils tentent en vain de d'échapper à l'étau qui se resserre de jour en jour. Les guérilleros sont au bord de l'épuisement. Leurs vêtements sont en lambeaux. Quelques jours auparavant, le Che a perdu ses chaussures en traversant une rivière. L'un de ses hommes lui a confectionné des sandales avec des chiffons grossièrement cousus à la main.

Le Che est blessé

La nuit du 08 octobre a été courte. Vers 4 heures du matin, les guérilleros se sont remis en marche. Au lever du jour, ils s'aperçoivent que les soldats les encerclent. En fin de matinée, les premiers coups de feu éclatent. Comme ils le peuvent les guérilleros tentent d'échapper à l'étau mortel. Le Che est blessé au mollet. Une balle traverse sa casquette, une autre s'écrase sur son fusil. Accompagné de Willy (un mineur bolivien qui a rejoint la guérilla), il parvient à escalader une petite cheminée. A la sortie, deux soldats ennemis les attendent. Impossible de tenter le moindre geste de défense. « Je suis Che Guevara » dit Ernesto dans un souffle.

Enfermés dans une école

Les deux hommes sont conduits à La Higuera, un petit village situé à deux kilomètres des lieux du combat. Le Che a du mal à marcher, il doit s'appuyer sur deux soldats. Ce n'est plus l'homme majestueux au regard de feu que tout le monde a connu, le guérillero qui a fait trembler tous les dictateurs de la terre,mais une sorte de clochard, dépenaillé, l'air hagard, qui suit docilement les soldats qui le conduisent vers la petite école du village.

La nouvelle de l'arrestation du guérillero est immédiatement transmise à La Paz, où les autorités, incrédules, demandent confirmation. Guevara est enfermé dans une salle de classe, pieds et poings liés, assis sur une chaise. Willy est dans la salle contiguë. Le loup qui s'est tant battu pour la liberté est définitivement entravé. Il ne pourra plus s'échapper.

« Je ne parle pas avec des traîtres »

Le 9 octobre, aux premières lueurs de l'aube, Julia Cortez, la jeune institutrice de l'école de La Higuera, est autorisée à entrer dans la salle de classe transformée pour l'occasion en cellule. Elle pensait voir le « diable en personne », elle trouve un homme fatigué, mais confiant. Il lui parle de l'avenir, lui dit qu'il fera construire des écoles pour y éduquer les enfants pauvres. Il semble convaincu qu'il va s'en sortir. Il ne lui reste pourtant que quelques heures à vivre.

En milieu de matinée, Felix Rodriguez (alias Ramos), un cubain hostile à Castro, devenu agent de la CIA, veut interroger les prisonniers. Reconnaissant son accent, le Che lui crache au visage en lui déclarant : « Je ne parle pas avec des traîtres. »

Cadeau d'anniversaire

Vers 11 heures du matin, arrive un message codé : « pas de prisonniers ». Les dirigeants boliviens, contre l'avis de la CIA qui souhaitait récupérer Guevara vivant, ont opté pour une solution radicale. En fait, après le procès de Régis Debray qui a eu un grand retentissement, ils redoutent d'offrir au Che une formidable tribune.

Ils préfèrent se débarrasser du guérillero le plus rapidement possible, avec ce qui doit être la version officielle : le Che est tombé au combat. Pour effectuer cette basse besogne, le colonel chargé de l'opération demande des volontaires. Deux hommes se présentent. Le sergent Teran fête, ce jour-là son anniversaire. C'est lui qui aura la charge – et l'honneur ? – d'exécuter le guérillero le plus célèbre du monde. Macabre cadeau d'anniversaire.

L'heure du sacrifice suprême

A midi, c'est Willy, le dernier compagnon du Che, qui est exécuté le premier. Dans la pièce d'à coté, Guevara a compris. Il se lève quand il aperçoit Teran. Il aurait aimé mourir les armes à la main. Il est abattu comme un chien qui fait peur. « Qu'importe où nous surprendra la mort, qu'elle soit la bienvenue. »

On comptera neuf impacts de balle sur Guevara. Beaucoup plus dans le mur. La légende veut que Teran, devant le courage de cet homme qui le toisait de son regard noir et intense, ait reculé. Le Che l'aurait alors encouragé à tirer en l'apostrophant et en le traitant de lâche.

Ils ont tué notre Che

Quelques heures auparavant, plusieurs guérilleros, encore dans la nature, se sont approchés de La Higuera. Ils ignoraient que leur chef y était retenu prisonnier et qu'il allait être exécuté. Ce n'est que plus tard, dans l'après-midi, qu'ils ont confirmation par la radio de la mort de Guevara. « Je sens des larmes couler sur mon visage […]. Alors je lève les yeux […] ils pleurent tous et, à partir de ce moment-là, je sais. […] ils ont tué notre Che » dira l'un de ces guérilleros endurcis.

Les guérillas du Che : de Cuba à la Bolivie

CUBA

Le dictateur Fulgencio Batista dirige Cuba depuis le coup d'état du 10 mars 1952.

  • 26 juillet 1953, 130 jeunes conduits par Fidel Castro se lancent à l'assaut de la caserne Moncada à Santiago de Cuba. C'est un échec et Castro est arrêté.
  • 2 décembre 1956, 82 rebelles, dirigés par Castro et Ernesto « Che » Guevara débarquent à Los Cayuelos.
  • Début 1957, Castro, le Che et 17 hommes se replient dans la Sierra Maestra.
  • 5 février 1957, le Che tue son premier ennemi
  • 21 juillet 1957, le Che est nommé Comandante. Il se voit confier la direction de la Ocho (huitième colonne)
  • Août 1958, la Ocho, dirigée par Che Guevara, met 7 semaines pour rallier la province de Las Villas
  • 1er janvier 1958, Batista quitte le pays
  • 2 janvier, le Che s'empare de Santa Clara.
  • 8 janvier, la colonne du Che atteint La Havane

Cuba appartient à l'archipel des Caraïbes dont elle est la plus grande île.

  • Superficie : 110 922 km²
  • Dimensions : 1 200 km de long, de 32 à 145 km de large
  • Population : 10,5 millions d'habitants dont 1/3 a entre 14 et 27 ans
  • Capitale : La Havane (2 millions d'habitants)
  • 14 provinces
  • Cuba est situé à 77 km de Haïti, 140 km de la Jamaïque, 200 km de la Floride (Etats-Unis)
  • Climat : tropical humide. Précipitations annuelles : 1000 mm dans les plaines
BOLIVIE

Le général Barrientos a pris le pouvoir en Bolivie par un coup d'état le 04 novembre 1964 (il mourra dans un accident d'hélicoptère en avril 1969).

  • 3 novembre 1966, le Che arrive à la Paz.
  • 7 novembre, il s'installe avec quelques hommes dans une ferme achetée dans la région de Ñancahuazu.
  • Février 1967, la marche d'entraînement, prévue pour 23 jours en dure 48.
  • 20 mars, le Che rencontre Régis Debray, un jeune français professeur de philosophie.
  • 23 mars, premier combat sérieux. L'armée, tombée dans une embuscade, a perdu 7 hommes.
  • 20 avril, Régis Debray est arrêté.
  • 06 juillet, le Chez s'empare de la petite ville de Samaipata et repart au bout d'une heure.
  • 30 août, 10 guérilleros sont surpris et tués à Vado del Yeso.
  • 21 septembre, les guérilleros sont au village d'Alto Seco,
  • 26 septembre, ils tombent dans une embuscade à la sortie de La Higuera.
  • 8 octobre, le Che est capturé dans le quebrada (vallon) de Churo.
  • 9 octobre, Ernesto Guevara, dit le Che, est abattu devant l'école de la Higuera.

La Bolivie est située au centre de l'Amérique du Sud, enclavée entre le Brésil, le Paraguay, l'Argentine, le Chili et le Pérou.

  • Superficie : 1 098 000 km²
  • Dimensions : 1 500 km du nord au sud, 1 300 km d'est en ouest
  • Population : 7,5 millions d'habitants
  • Capitale : La Paz (720 000 habitants)

Elle est bordée à l'ouest par la Cordillère des Andes et les hautes plaines (altiplano) où vivent 53% de la population.


Dernière lettre du Che écrite à Fidel avant de quitter Cuba

La Havane
Année de l'agriculture
Fidel,
Je me souviens encore de tellement de choses, du jour où j'ai fait ta connaissance chez Maria Antonia, du moment où tu m'as proposé de venir et de toute la tension qu'avaient crée les préparatifs.
Un jour, on nous demanda qui devait être avisé en cas de mort et la possibilité réelle de ce fait nous marqua tous profondément. Par la suite nous avons pu apprendre que ceci était une certitude, que dans une révolution, on doit triompher ou mourir ( si elle est véritable). De nombreux camarades sont tombés le long du chemin qui menait à la victoire.
Aujourd'hui, tout a un ton moins dramatique, parce que nous sommes plus mûrs,mais les faits se répètent. Je sens que j'ai accompli la partie de mon devoir qui me liait à la Révolution cubaine sur son territoire, et je prends congé de toi, des camarades, de ton peuple qui, aujourd'hui, est aussi le mien.
Je renonce formellement à mes responsabilités à la direction du parti, à mon poste de Ministre, à mon grade de Commandant et à ma condition de Cubain. Rien de légal me lie plus à Cuba en dehors des liens qui ne peuvent être supprimés comme peuvent l'être les titres ou les grades.
En dressant le bilan de ma vie il me semble que j'ai travaillé avec suffisamment d'honnêteté et de dévouement à la considération du triomphe révolutionnaire. Ma seule et unique faute est de ne pas avoir de quelque importance est de ne pas avoir eu plus confiance en toi des les premiers moments de la Sierra Maestra et de ne pas avoir su discerner plus rapidement tes qualités de meneur d'hommes et de révolutionnaire. J'ai vécu des jours magnifiques et j'ai ressenti à tes cotés l'orgueil d'appartenir à notre peuple pendant les journées lumineuses et tristes de la aise des caraïbes. Rarement un chef d'état ne fut plus brillant que durant ces journées, et je suis fier également de t'avoir suivi sans faiblesses, d'avoir toujours été d'accord avec ta façon de penser, de voir et d'apprécier les dangers et les principes.
Mais d'autres terres du monde réclament le concours de mes modestes efforts. Je peux faire ce qui t'es impossible de faire, étant donné tes responsabilités à la tête de Cuba , et l'heure est donc venue de nous séparer.
Je veux que tu saches que je le fais avec un mélange de joie et de douleur : ici, je place la plus pur de mes espérances de constructeur et le plus cher parmi tous les êtres que j'aime ... et je laisse un peuple qui m'a adopté comme un fils : tout ceci me fait souffrir dans un coin secret de mon âme. Sur les nouveaux champs de bataille, je porterai en moi la foi que tu m'as inculqué, l'esprit révolutionnaire de mon peuple, la sensation d'accomplir le plus sacré des devoirs : lutter contre l'impérialisme où qu'il soit ; ceci réconforte et guérit les plus profondes blessures, au delà de toutes espérances.
Je répète encore une fois que je délivre Cuba de toute responsabilité, sauf de celle qui émane de son exemple. Si, un jour, la dernière heure vient pour moi sous d'autres cieux, ma dernière pensée sera pour ce peuple et plus particulièrement pour toi. Je te remercie pour tes enseignements et ton exemple auquel j'essayerai de rester fidèle jusqu'au bout de mes actes. Je me suis toujours trouvé totalement d'accord avec la politique extérieur de notre Révolution et je continue à l'être ; où que je me conduirai comme tel. Je ne laisse aucun bien matériel à mes enfants et à ma femme, mais ceci n'est pas une peine pour moi ; au contraire, je suis heureux que cela soit ainsi. Je ne demande rien pour eux car je sais que l'Etat leur fournira tout ce qui est nécessaire pour vivre et pour s'instruire.
J'aurais beaucoup de chose à te dire, à toi et à notre peuple, mais je sens que c'est inutile, car les mots ne peuvent exprimer ce que je voudrais dire et pourquoi noircir du papier en vain.
Jusqu'à la victoire toujours. La patrie ou la mort !
Je t'embrasse avec toute ma ferveur révolutionnaire,
Che


Petit poême

Vieja Maria, vas a morir;
quiero hablarte en serio:
Tu vida tue un rosario completo de agonias,
no hubo hombre amado, ni salud, ni dinero,
apenas el hambre para ser compartida;
quiero hablar de tu esperanza,
las tres distintas esperanzas
que tu hija tabricó sin saber como.

Toma esta mano de hombre que parece de niño
en las tuy as pulidas por el jabón amarillo.
Restriega tus callos duros y los nudillos puros
en la suave vergánza de mis manos de médico.
Escucha, abuela proletaria:
cree en el hombre que llega,
cree en el tut uro que nunca verás.

Ni reces al dios inclemente
que toda una vida mintió tu esperanza.
Ni pidas clemencia a la muerte
para ver crecer a tus caricias pardas;
los cielos son sordos y en ti manda lo oscuro,
sobro todo tendrás una roja venganza,

Lo juro por la exacta dimensión de mis ideales
tus nietos todos vivir n la aurora,
muere en paz, vieja luchadora.
Vas a morir, vieja María;
treinta proyectos de mortaja
dirán adiós con la mirada
el día de estos que te vayas.

Vas a morir, vieja María
quedarán mudas las paredes de la sala
cuando la muerte se conjugue con el asma
y copulen su amor en tu garganta.
Esas tres caricias construidas de bronce
(la unica luz que alivia tu noche)
esos tres nietos vestidos de hambre,
auorar en los nudos de tus dedos viejos
donde siempre encontraban alguna sonrisa.
Eso ser todo, vieja Maria.

Tu vida tue un rosario de flacas agonias,
no hubo hombre amado, salud, alegría,
apenas el hambre para ser compartida,
tu vida tue triste, vieja María.
Cuando el anuncio de descanso eterno
enturbía el dolor de tus pupilas,
cuando tus manos de perpetua tregona,
absorban la ultima ingenua caricia,
piensas en ellos... y lloras,
pobre vieja María.

No, no lo hagas!
No ores al dios indolente que toda una vida
mintió tu esperanza
ni pidas clemencia a la muerte,
tu vida tue horriblemente vestida de hambre,
acaba vestida de asma.

Pero quiero anunciarte,
en voz baja y viril de las esperanzas,
la mas roja y viril de las venganzas
quiero jurarlo por la exacta
dimensión de mis ideales.

Toma esta mano de hombre que parece de niño
entre las tuyas pulidas por el jabón amarillo,
restriega los callos duros y los nudillos puros
en la suave vergánza de mis manos de médico.
Descansa en paz, vieja María,
descansa en paz, vieja luchadora,
tus nietos t odos vivirán la aurora,

LO JURO


Bibliographie du même auteur...

  • « Journal de Bolivie »
    Édition - La Découverte, 1995.
  • « Écrit d'un révolutionnaire »
    Édition - La Brèche, 1987.
  • « Le Socialisme et l'Homme »
    Édition - La Découverte, 1987.
  • « L'Homme et le Socialisme à Cuba »
    Édition - Cujas, 1966.
  • « Voyage à Motocyclette. Latinoamericana (1953-1956) »
    Édition - Mille et une nuits.
  • « 2nd voyage à travers l'Amérique latine ( 1953-1956) »
    Édition - Mille et une nuits, 2002.